À partir d’une contrainte imposant le mot Jardin comme point de départ d’un projet libre, ce travail s’appuie sur des recherches et observations au terrain Gurzelen à Bienne. J’ai choisi d’en faire un magazine expérimental mêlant poésie, typographie et scans de plantes, questionnant la dissonance entre l’humain et la nature.

Observation et recherches · Conceptualisation · Écriture poétique  · Direction artistique  · Design graphique expérimental · Travail typographique · Mise en page libre · Travail de l’image (scans) · Impression

Je souhaitais prêter ma voix à celle qui n’en a pas, et brouiller les frontières entre jardin et jardin secret.

J’observe

Mon projet a commencé par trois photos.
Un contraste entre l’humain et la nature.
– La nature qui reprend ses droits sur des baignoires abandonnées.
– L’humain qui domine par des déchets.
– Et une tentative de complémentarité avec un étang artificiel.
Je voulais dénoncer… mais comment ?

Je teste

J’ai d’abord essayé des affiches. Trop basiques. Trop impersonnelles. Puis un livret mêlant photo et texte, puis un herbier complété d’illustrations et d’un poème. Enfin, on m’a dit “Faut pouvoir imprimer, faut pouvoir produire”

Je compose

Alors j’ai ajouté trois mots à mon poème :
Standardisée. Exportée. Capitalisée.
Les vraies plantes sont devenues des scans.
Le texte manuscrit a disparu.
Et c’est là que mon projet a vraiment commencé à exister.

Le texte a guidé mes compositions : j’ai choisi pour chacun de mes propos les plantes qui correspondaient et les compositions typographiques. De plus, je me suis imposée la contrainte que chaque strophe de mon poème corresponde aux lettres JARDIN.

Je joins

Le magazine s’appelle Dissonance.
Il traduit le contraste entre l’humain et la nature, dans la forme et dans le fond. Le fond, c’est un poème à deux niveaux de lecture. On pense d’abord lire un jardin secret, celui d’une personne.
Puis on comprend : c’est la nature qui parle.

La forme, elle, est devenue industrielle.
Elle imite les codes de la communication : esthétique, impactante, vendeuse.

Plutôt que qu’écouter les paroles de la Nature, on les rend belle et on les étouffe.

C’est ça, la dissonance :
comme imprimer une affiche “Sauvez les arbres” sur du papier.

Je matérialise

La carte postale reprend les codes du magazine en en condensant les éléments essentiels. Elle sert de support au poème et clôt le projet par une dernière image. Ici, la nature est contenue, enfermée. Là où elle semblait prendre le dessus sur la couverture du magazine, c’est désormais nous qui refermons le propos, avec l’illusion d’avoir gagné.

La résilience, ce serait son deuxième nom. Vous voyez les labyrinthes dont on traçait des lignes pour arriver à la sortie, enfant ? (Je partais de la sortie, j’avoue) Ben c’était un peu ça. A chaque fois que je proposais quelque chose, un mur se dressait sur mon passage. Une contrainte, la remarque de la prof ou des problèmes techniques. A chaque mur, une redirection. Pour finalement atteindre la sortie. Sans ces murs, sans ces détours, je sais que ce projet n’aurait jamais donné ça et j’ai adoré suivre mon parcours et juste faire mûrir une idée de base et la développer progressivement.
Bon, j’ai moins aimé le fait de devoir aller en forêt arracher des orties…
D’abord à mains nues puis avec un plastique…